Bernard Hinault 1985
Bernard Hinault, maillot jaune, arrive sur les Champs Elysées, le 21 juillet 1985 à Paris. | AFP

A quand un vainqueur français ?

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Cela fait 27 ans que l’on n’a pas assisté à la victoire d’un Français sur le Tour de France. Depuis 1985, et le cinquième succès de Bernard Hinault, les supporteurs tricolores attendent, patiemment. Que manque-t-il donc aux coureurs français ?

Double vainqueur de la Grande Boucle (1975 et 1977), Bernard Thévenet estime simplement que l’« on n’est pas assez fort. Nous avons de bons coureurs en France, mais pour gagner le Tour, il faut un super coureur de course par étapes. Aujourd’hui, nous n’avons pas le coureur possédant ce potentiel », explique Thévenet. Il ne manque pourtant pas de talent chez les Français. « On espère beaucoup avec Pierre Rolland, mais je ne pense pas qu’il puisse gagner le Tour un jour. Il est physiquement à la hauteur, mais je ne sais pas si il est mentalement prêt », commente Thévenet. « Il faut faire beaucoup de sacrifices pour gagner un Tour de France, et je ne sais pas si les jeunes Français sont décidés à le faire », explique l’ancien champion.

La formation en question ?

Pour Thévenet, le problème ne vient pas des moyens. «  Nous avons en France des équipes ayant les moyens d’avoir du bon matériel, de bons entraîneurs. Est-ce une question de motivation générale? je ne sais pas. Mais le cyclisme français doit se pencher sur cette question là. »

Selon Vincent Lavenu, directeur sportif d’AG2R-La Mondiale, le travail effectué tant au niveau de la Fédération qu’au niveau des clubs paye. « La dynamique installée grâce au sérieux des équipes professionnelles qui permettent d’amener des structures importantes est de nature à valoriser nos coureurs dans le futur. On est sur la bonne voie, même si on n’a pas le coureur capable de jouer un podium. » L’un des dirigeants de l’équipe française prédit que l’on pourrait trouver un coureur français capable d’aller chercher la victoire finale dans les quatre ou cinq ans. « Il ne faut pas désespérer, et il faut rester patient », affirme-t-il.

Le cap des 23 ans

Pourtant, ce ne sont pas les jeunes talents qui manquent en France, comme l’attestent les performances tricolores chez les juniors et les espoirs. « On a eu un champion du monde juniors, un champion du monde espoirs, et on a l’impression que lorsque nos coureurs arrivent à 23 ans, ils arrêtent de progresser, contrairement aux autres. C’est peut-être un problème de société… », s’est demandé Thévenet. A 18 ans, Pierre-Henri Lecuisinier est en effet devenu champion du monde juniors cette année, et Arnaud Démare a quant à lui remporter le titre mondial chez les Espoirs, l'an passé.

Rous : « On a descendu les Français »

Lorsque l’on demande l’avis à Didier Rous, on sent un peu d’agacement. « On peut poser la même question aux Belges, qui n’ont plus gagné la Grande Boucle depuis beaucoup plus longtemps que nous (Lucien Van Impe en 1976, ndlr). Donc je pense qu’il ne manque pas grand-chose », déclare le directeur sportif de Cofidis.

Sans lâcher le mot de dopage, Didier Rous pointe du doigt la période des années 90 et 2000 lors de laquelle de nombreux coureurs –en majorité étrangers- avaient eu recours à des substances illicites. « Le cyclisme est passé par des épisodes qui n’étaient pas très faciles à vivre et plutôt que de les encourager et de les motiver, on a plutôt descendu les Français. C’est un peu la mentalité française », déplore-t-il. « En France, on n’essaie pas de motiver ses sportifs, au contraire on les descend. »

La concurrence n’est plus la même

Il faut dire aussi qu’il y a vingt-cinq ans, la concurrence n’avait pas grand-chose à voir avec celle d’aujourd’hui. « Il y a plein de nationalités qui n’étaient pas présentes à cette époque. La concurrence est de plus en plus rude. Quand Bernard Hinault prenait le départ du Tour, ils étaient 130 coureurs, maintenant ils sont 200 », indique Didier Rous. « A l’époque, il n’y avait d’ailleurs que trois vainqueurs potentiels, alors qu’aujourd’hui cela semble plus ouvert, avec peut-être une dizaine de candidats. Il faut vivre avec son temps, et arrêter de parler du passé », préfère relativiser Rous. Et depuis, les intérêts financiers sur une telle compétition ont pris des proportions monumentales.

Lavenu : « Ca viendra ! »

Didier Rous place ce manque de résultats sur le compte de la fatalité. « Il y a aujourd’hui de bons Français. Savoir pourquoi ils ne gagnent pas le Tour, c’est comme ça. La formation n’est pas en cause. Les Belges ne gagnent pas non plus, ils ont de très bons coureurs de Classiques, », commente le double champion de France (2001 et 2003). « Il y a des jeunes qui arrivent, mais il faut les laisser grandir. Aujourd’hui dès qu’il y a un français qui marche, ça y est, c’est le futur Hinault ou Fignon » dit-il.

Plus confiant encore, Vincent Lavenu estime que la nouvelle génération est prometteuse. « Ca viendra, on a une bonne génération de coureurs qui arrivent depuis un certain nombre d’années. Au niveau des sprinteurs, nous avons deux talents qui vont rivaliser au niveau international avec Nacer Bouhanni, Arnaud Demare et aussi Adrien Petit. Maintenant, il faut trouver le coureur capable de rivaliser dans la montagne, et le contre-la-montre, pour remporter un Tour. »

Romain Bonte