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Henri Pescarolo | AFP - JEAN FRANCOIS MONIER

Pescarolo : "Je n'ai pas envie de m'arrêter"

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Toujours aussi combatif et passionné, Henri Pescarolo revient aux affaires en endurance avec ses fidèles. Fort heureusement, la mort annoncée de l'écurie n'a pas eu lieu. Le vert n'est pas encore revenu à la mode mais il va animer la saison de Le Mans Series comme au bon vieux temps. Le quadruple vainqueur au Mans fait le point avant le début des hostilités.

Q : C'est un moment d'émotion de revoir une Pescarolo en piste ?
R : "Oui, c'est un grand moment d'émotion parce qu'on a vraiment cru qu'on ne reverrait jamais l'équipe officielle. Il y avait bien des Pescarolo qui couraient chez OAK Racing mais ce n'est pas pareil. Là, c'est le vrai départ de la saison. On a recréé une écurie, récupéré l'équipe avant de descendre au Paul Ricard pour les premiers essais LMS. De réentendre le V10 dans une ligne droite comme aujourd'hui, c'est un plaisir. Tout le monde est heureux et resplendissant. C'est un grand bonheur."

Q : Au-delà du symbole, il y a beaucoup de travail à accomplir
R : "C'est à cela que sert une séance de déverminage. Avant d'arriver sur le circuit Ricard, on avait plusieurs choses à vérifier. Tout d'abord le fonctionnement basique de la voiture. On a découvert qu'on n'avait pas de pression d'huile. Un peu d'émotion pendant quelques heures… Heureusement, on a trouvé et solutionné le problème. C'est normal avec une nouvelle auto. Cette voiture à 150 chevaux de moins donc il faut aussi trouver un nouvel équilibre aérodynamique en fonction de la puissance. C'est ce travail qu'on accomplit sur la ligne droite. On va essayer de trouver le meilleur compromis appui/traînée pour être le plus compétitif possible. On espère avoir de bonnes surprises en se comparant aux autres ce week-end dans le Var."

Q : Trois mois, c'est suffisant pour préparer Le Mans ?
R : "Oui. Même si on a connu une petite surprise sur notre circuit d'huile, on connaît très bien la voiture. La preuve, c'est qu'on a résolu le problème sans que le motoriste soit là. On a gardé le V10 Judd car il est très fiable. La boîte de vitesse est identique et elle avait à supporter 150 chevaux de plus l'année dernière. Donc on a choisi la fiabilité, ce qui est très important pour les 24 Heures du Mans. On n'oublie pas non plus la performance et on devrait avoir un bon compromis."

Q : C'est un nouveau chapitre de Pescarolo qui s'ouvre à Lurcy-Lévis ?
R : "C'est étonnant car, pendant toute l'année 2010, j'ai pensé que c'était terminé, que j'avais pris ma retraite un peu contraint et forcé. Là on redémarre et, tous ensemble, on a l'impression de continuer comme si rien ne s'était passé l'année dernière. C'est un nouveau départ mais dans notre esprit la continuation de ce qu'on a fait jusqu'à maintenant."

Q : La parenthèse 2010 est définitivement fermée ?
R : "Elle l'est. La preuve, c'est qu'on est là. Elle serait restée ouverte si tout s'était arrêté. C'est un mauvais souvenir qu'on a presque totalement oublié."

Q : Ça vous a marqué ?
R : "Comme vous le voyez, pas trop. Sur le coup, j'étais très atteint car je ne m'y attendais pas du tout mais à partir du moment où on m'attaque à titre personnel comme cela s'est passé, ça me rend hargneux et çà me donne la volonté de repartir. J'ai eu des moments difficiles en tant que pilote. J'ai prouvé que j'étais capable à chaque fois de les surmonter. En tant que team manager, c'est ce que je voulais prouver. Mais surtout, c'est parce que j'ai la même passion qui m'anime. L'essentiel, c'est de me retrouver avec mes gars autour de la voiture, mes deux pilotes. Ca y est, c'est reparti, on va faire la première course et c'est toujours la même passion."

Q : Henri, à 68 ans, vous fêterez en juin votre 34 participations au Mans. Vous avez consacré la moitié de votre vie aux 24 Heures.
R : "J'ai l'impression d'avoir consacré toute ma vie à la course automobile. J'ai commencé tard par rapport à ce qui se fait maintenant car le karting n'existait pas à mon époque. J'étais étudiant en médecine. Cette vie-là, je l'ai oubliée et j'ai l'impression que, depuis, j'ai passé toute ma vie à faire de la course. Un peu comme les footballeurs français champions du monde, certains deviennent entraîneur ou sélectionneurs car c'est leur passion. Dans notre sport, c'est pareil. Quand j'ai arrêté de conduire en 1999, j'ai continué à assouvir ma passion en créant mon écurie, en la gérant, en formant de jeunes pilotes, en les amenant au plus haut niveau. Je n'ai pas du tout envie de m'arrêter et surtout pas contraint et forcé. J'arrêterai quand je l'aurai décidé."

Entretien réalisé le mardi 8 mars à Lurcy-Lévis avec Gaël Robic et Xavier Richard