Leconte, Roland Garros, 1992
La rédemption d'Henri Leconte Porte d'Auteuil | DERRICK CEYRAC / AFP

1992, Leconte est bon!

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Dans notre série "joueurs de légende" à Roland-Garros, aujourd'hui : Henri Leconte (1992)... Terre de divorce avec le public, Roland Garros sera le lieu de la réconciliation pour Henri Leconte.

Au début de l'édition 1992 de Roland-Garros, Henri Leconte ne fait pas partie des favoris du tournoi. Héros de la finale de la Coupe Davis 1991, « Riton » affiche durant les premiers mois de 1992 une forme qui oscille entre le bon et le médiocre.

Contraint d'entrée à l'abandon contre son copain Forget à l'Open d'Australie, le vengeur masqué fourbit ses armes en vue de Roland, son grand objectif. Fragile physiquement, Leconte sait pourtant qu'un éventuel succès sur la terre parisienne, quatre ans après son échec en finale contre le stratège Mats Wilander, dépend d'abord de sa capacité à s'économiser durant la première semaine.

Le test des huitièmes

Affûté, intraitable au service et redoutable en retour, Henri part à l'assaut du filet dès qu'il en a l'occasion. Il balaye en trois sets ses trois premiers adversaires, sans puiser dans ses forces. En huitièmes de finale, confronté à l'Uruguayen Marcelo Filippini, « crocodile » des courts, le Français passe un vrai test. Il le réussit brillamment en étouffant le Sud-américain, pris de vitesse par les attaques à tout va de Riton la foudre.

Le score est sans appel : 6-3 6-2 6-4. Le public parisien commence à croire en l'exploit de son champion, adulé quatre ans après les sifflets du même Central à l'issue d'un après match raté, illustré par le regrettable : « J'espère que maintenant vous avez compris mon jeu ».

Le quart de finale face au Suédois Niklas Kulti s'annonce pourtant plus périlleux. Solide et parfois dévastateur en coup droit, Kulti embête Leconte en le maintenant loin du filet. Et dès que le Français s'approche, le blond Scandinave le cloue sur place avec quelques passings précis et puissants.

Les supporters tricolores n'en croient pas leurs yeux. Henri est mené deux manches à rien 7-6 6-3 alors que la manière avec laquelle le Français avait enlevé les 3 premiers points de la rencontre (deux retours gagnants et un retour-volée qui fit lever le Central) laissait entrevoir un succès net et rapide. Mais c'est encore une fois au moment où on le croyait perdu que Leconte allait se ressaisir pour offrir un retournement de situation complet.

Leconte, ce phénix

Après le gain décisif de la troisième manche (6-3), le héros de la Coupe Davis ne lâche plus sa proie : il distille smashes et volées gagnantes, amorties et retours long de ligne qui régalent ses fans. Sous le soleil de Paris, le talent (le génie par instants) de Leconte éclabousse le jeu plus rustre du géant suédois

Lorsque le gaucher foudroyant conclut la partie 6-7 3-6 6-3 6-3 6-3, le public de la porte d'Auteuil lui offre une ovation digne de la classe avec laquelle Leconte a su se surpasser pour s'offrir une nouvelle demi-finale, sa troisième aux Internationaux de France (après 1985 et 1986).

Malheureusement, harassé par cette joute délicate, Henri de France ne résiste que deux sets à Petr Korda. Le jeu décisif du second s'avère fatal à un Leconte émoussé qui s'incline finalement 6-2 7-6 6-3. Le rêve est passé. Leconte ne rencontrera pas Courier en finale, ce qui lui évitera la correction reçue par le Tchèque, défait 7-5 6-2 6-1.

Malgré tout, le Français quitte le tournoi fier de lui : il a retrouvé son jeu, et surtout, il surfe sur la vague de sympathie que lui adresse des supporters auparavant très durs avec cet écorché vif. Ceci est une victoire qui n'a pas de prix.
 

Grégory Jouin @GregoryJouin