Warren Barguil vainqueur
Maillot à pois sur le dos et vainqueur d'étape, Barguil a tout réussi sur la 13e étape du Tour de France. | Lionel BONAVENTURE / AFP

Tour de France 2017 : Warren Barguil, chien fou, talent brut

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Premier Français à remporter une étape un 14 juillet depuis 12 ans, Warren Barguil a enfin été récompensé sur ce Tour de France. Maillot à pois sur le dos depuis la neuvième étape, le grimpeur breton avait connu un début de Tour frustrant, avec une échappée mal contrôlée (huitième étape) et une défaite d'un boyau (neuvième étape). Il a cette fois tout réussi, en battant un trio Quintana-Contador-Landa avec le panache qui le caractérise.

Warren Barguil avait débarqué dans le monde des pros sans frapper à la porte. Deux victoires d'étape sur le Tour d'Espagne 2013, à tout juste 21 ans, qui auguraient un très bel avenir pour le Breton qui portait les couleurs d'Argos Shimano. Sur ce Tour de France, Barguil a décidé d'en remettre une couche, et il a montré en levant les bras à Foix qu'il avait réussi son coup. Première victoire d'étape sur la Grande Boucle et maillot à pois consolidé pour le coureur de Sunweb, un contrat bien rempli pour sa troisième participation. Dès les premières étapes, Barguil avait fait son choix : ne pas lutter pour une place au général pour avoir les coudées franches et la liberté de courir comme il l'aime, à l'instinct et avec panache.

Un début de Tour cruel

C'est à la fin de la première semaine que tout s'est mis en place. Il le répétait à l'envi depuis le départ, il se sentait bien, il avait les jambes. Pas gagné pourtant, quand on se souvient que le Français de 25 ans avait abandonné fin avril sur le Tour de Romandie, avec un trait de fracture au bassin. Pas du tout certain de disputer le Tour de France, Barguil savoure depuis sa présence : parti dans l'échappée vers les Rousses lors de la huitième étape, il s'est un peu brûlé les ailes en route, terminant loin du vainqueur. Débriefing sans concession lors de son arrivée, à plus de huit minutes de Lilian Calmejane : « J'avais de trop bonnes jambes. Et dans ces cas-là, on ne calcule pas. J'ai couru comme un idiot. »

Dès le lendemain pourtant, il a remis ça. Échappé toute la journée dans la terrible étape entre Nantua et Chambéry, il a cru tenir sa victoire au sprint face à Rigoberto Uran. Un pied de nez au destin, puisqu'il avait déjà battu le Colombien à la photo-finish sur la Vuelta en 2013. Mais sa joie a été de courte durée : d'un boyau, le leader de la Cannondale devançait le Français, en larmes dans la zone d'interview après l'annonce officielle. « C'est comme ça… c'est vraiment dommage, je pensais vraiment l'avoir passé sur la ligne... »

Barguil a trouvé l'équilibre

Après l'échappée un peu trop folle, après la cruelle désillusion de la photo-finish, Barguil a enfin levé les bras ce vendredi, en réglant au sprint Quintana, Landa et Contador, excusez du peu. Entre temps, le Breton s'est chargé d'engranger des points au classement du meilleur grimpeur pour ramener à Paris ce maillot à pois qui lui va si bien. Tout sourire, tout plaisir, il a pu savourer à Foix cette victoire de haute lutte. Avec un équilibre enfin atteint entre attaque à tout va et contrôle, sans oublier d'en profiter : « Je prend du plaisir comme jamais sur mon vélo. C'est génial. J'attaque comme quand j'étais en amateur. »

Le champion de France juniors en 2009 a longtemps été catalogué « chien fou », du genre à ne pas savoir s'arrêter, à attaquer sans cesse en dépit du bon sens. Repéré sur le Tour de l'Ain 2011 par les Néerlandais d'Argos Shimano, le grimpeur longiligne n'a jamais couru pour une équipe française, ce qui a retardé d'un temps son apparition dans le radar du grand public. Avec ses performances sur ce Tour de France, son caractère bien trempé et son sourire, il y a fait une entrée fracassante. Comme à son habitude.