Le descendeur David Poisson
David Poisson tout sourire en 2013, avec la médaille de bronze des Mondiaux de Schladming | AFP - PENTAPHOTO - DPPI

Luc Alphand: "David Poisson, c'était un guerrier, un leader, un exemple"

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Décédé lundi au Canada lors d'un entraînement avec l'équipe de France, le descendeur David Poisson avait 35 ans. Luc Alphand, triple vainqueur de la Coupe du monde de descente en 1995, 1996 et 1997, retient un mot: "Guerrier. C'était un vrai exemple pour tout le monde, un leader, un passionné avec un sourire comme ça." Très touché, celui qui est consultant pour France Télévisions cherche ses mots: "C'est l'horreur. Je pense à sa famille."

David Poisson est décédé lundi au Canada, lors d'un entraînement avec l'équipe de France. Que retenez-vous de lui ?
Luc Alphand:
"Le premier mot, c'est guerrier. Quand tu fais de la descente, tu as des risques à prendres. L'approche psychologique est particulière: il faut dealer avec la peur. Et david l'a fait jusqu'à 35 ans. Il avait le feu sacré. C'était un passionné de ce sport, un amoureux de la montagne. C'était un vrai exemple. Pourtant, il n'avait pas le physique d'un skieur, plutôt celui d'un pilier de rugby. L'image que je garde, c'est celle d'un cadre, d'un leader, et de son sourire. Par ses résultats, sa droiture, son engagement, c'était un exemple à suivre. Il n'a pas le plus gros palmarès, mais il s'est craché dans les pognes pour le construire."

Etre descendeur, c'est amadouer la peur ?
L.A.:
"En ski, il y a une dimension physique, technique, mais en descente, la relation avec l'accident, avec le mot peur est encore plus présente que dans les autres disciplines. Tu en fais abstraction. Tu veux l'oublier. La sécurité sur les pistes a beaucoup évolué. mais le risque 0 n'existe pas. Il y a toujours quelque chose d'imprévu en descente, un mouvement que tu n'avais pas vu, sur une piste qui fait parfois 3km. Il y a un énorme solidarité dans le monde des descendeurs. Celui qui finit 50e de la descente de Kitzbühel, il met aussi de l'engagement, il est aussi respecté que les autres. Il y a un respect mutuel, y compris entre les générations. Mais ça arrive encore ce genre de tragédie. Ce n'est pas pour ça qu'on vit nos passions. La mort, on ne peut pas l'imaginer. C'est tragique.

Je pense à sa famille. Il avait eu un petit garçon. Il avait perdu son père voici quinze jours. C'est juste l'horreur. Je pense aussi à ses camarades, qui sont au Canada, qui vont débuter leur saison la semaine prochaine. En ski, on vit 9 mois sur 12 ensemble. On passe plus de temps que dans les sports collectifs, car quand on est à l'autre bout du monde pour chercher la neige, on ne rentre pas chez soi le soir. C'est une autre famille. Pour ceux qui doivent continuer, c'est dur. C'est dur pour tout le monde. S'ils ne se sentent pas de courir, il ne faut pas qu'ils le fassent. Mais je sais qu'avec sa passion, David était super heureux d'être là-bas, de faire la descente."