Sur la piste des 24H du Mans

Romain Dumas, maître horloger

Tic-tac ! Tic-tac ! Tic-tac ! La forêt défile, irrégulière et silencieuse. Depuis que le soleil a rendu provisoirement les armes face à mes pupilles, les sapins qui conduisent à Indianapolis forment une masse noire envoutante. Loin des tribunes et ses lumières, l'endroit serait propice à une introspection. Aucun avis de tempête sous le casque. Ce n'est pas le moment de se disperser, l'heure file. Encore un tour d'horloge avant le baisser du drapeau à damier. Au dernier panneautage, il me restait deux boucles de 13 km 629 à couvrir. Au fond du stand, mon coéquipier doit déjà avoir enfilé sa cagoule. Anna, la masseuse du team, l'a tiré de son sommeil quelques minutes plus tôt. Bientôt ce sera mon tour mais je vais dormir d'un œil. Tic-tac ! Tic-tac ! Tic-tac ! Impossible de se relâcher complètement avec ce vacarme infernal. La piste n'est qu'à une cinquantaine de mètres. Je sens encore son emprise. Quand j'ai cédé le volant, nous étions toujours en tête des 24 Heures. Machinalement, toutes les trois minutes, je guète le bruit familier de ma 919. Cette course m'hypnotise. Mes yeux se ferment. Mon rêve ultime : gagner Le Mans avec Porsche.

Romain Dumas

Romain Dumas

Stoppons les aiguilles de cette mécanique-fiction ! La course contre le temps. Défi impossible qui sublime les hommes. Au Mans, il prend tout son sens depuis 1923. Aux balbutiements de l'automobile, quelques "illuminés" en avance sur leur époque proposent d'en tester la fiabilité sur une course de 24 Heures. Charles Faroux et Georges Durand viennent de créer la plus grande épreuve d'endurance du monde. Un monument du sport automobile qui va devenir un rendez-vous incontournable et que les plus grands pilotes vont essayer de dompter. Mais au pied des 24 Heures, l'humilité s'impose. Le double tour d'horloge sarthois est impitoyable. Le Mans choisit son vainqueur, il ne s'offre pas sans sacrifice. Le quintuple champion du monde de F1 Juan Manuel Fangio, Stirling Moss, Bob Wolleck ou plus récemment Sébastien Bourdais s'y sont cassé les dents. En 2010, Romain Dumas était l'un des trois élus avec ses équipiers Timo Bernhard et Mike Rockenfeller. Une forme d'aboutissement pour un pilote éclectique mais qui a fait de l'endurance sa spécialité. Que Dumas s'épanouisse chez Porsche et au Mans est finalement assez logique. Fondée en 1931, la firme de Stuttgart a bâti sa légende sur les circuits. Ferdinand Porsche, dont la première création en 1900 était une hybride-essence, comprend très vite que le meilleur banc d'essai et la meilleure publicité ne font qu'un : la course automobile. Les succès commerciaux de la marque ne sont pas étrangers à sa réussite en piste.

Première apparition de Porsche au Mans en 1951 avec la 356/4 SL Coupé

Première apparition de Porsche au Mans en 1951 avec la 356/4 SL Coupé

Quand Porsche débarque au Mans en 1951, personne ne se doute que la Sarthe sera son plus beau jardin. Entre 1970 et 1998, la marque établit un record de 16 victoires absolues qui tient toujours. C'est un peu trop tôt pour Romain Dumas qui s'installe en endurance pendant les années Audi. Porsche-Le Mans-Dumas, leur première association remonte à 2001. Une rencontre aussi magique qu'humide. Sous le déluge l'Alésien se distingue au volant de la Porsche 911 GT3-RS du Freisinger Motorsport. « Il a plu 20 heures sur 24. C’était l’édition la plus humide de ces vingt dernières années, raconte Dumas. Je découvrais la course en GT et on a fini deuxième de notre catégorie. C’est comme ça que Porsche m’a repéré et m’a offert un contrat ». Formé à La Filière Elf du Mans, Dumas n'était pas programmé pour éclore aux 24 Heures. La monoplace est l'obsession de tous les jeunes pilotes. L'argent est celle des écuries qui vivotent. Tapant des euros à tout son carnet d'adresse, Dumas avait dégoté un contrat pour courir au Japon. Une fois sur place, plus aucune trace de l'écurie qui avait mis la clé sous la porte. Envolé les 60.000 euros apportés et peut-être une belle carrière. Heureusement pour le pilote, le team manager nippon était un homme d'honneur. Quelques jours plus tard il recevra son chèque et une place dans la Porsche de Manfred Freisinger qui avait eu un désistement.

Bonne pioche pour le team privé et Porsche qui lui propose un contrat "maison". Quand le constructeur allemand se décide à sortir un nouveau prototype, Dumas fait logiquement partie de l’aventure. Malheureusement pour l’Alésien, Porsche ne va pas jusqu’au bout de son projet et cantonne son Spyder au P2 de l'American Le Mans Series. Plus ou moins en sommeil, l’usine de Weissach, berceau des 917, 936, 956, 962 ou encore 911 GT1, consent à prêter son pilote à la marque sœur Audi. Le Dr Ullrich, directeur d'Audi Sport, n’aura pas à se plaindre des services de Dumas qui fait triompher la R15 TDI Plus au Mans en 2010. Pilote éclectique, performant sur toutes les surfaces, le Gardois est avant tout une bête d’endurance. Du Nürburgring au Mans en passant par Spa, Dumas a gagné la plupart des grandes courses de 24 heures. Il est l'une des références de la discipline, celui qu'on s'arrache.

Larry Sanders

L'Audi R15 Plus vainqueur des 24 Heures du Mans 2010

Larry Sanders

Le trio Bernhard - Dumas - Rockenfeller pose avec le trophée des 24 Heures du Mans.

Pas étonnant que Porsche songe à son « employé » modèle pour préparer son retour et développer une LMP1 capable de gagner à moyen terme. Car en 2012 l’usine s’est décidée à revenir jouer dans son jardin. Porsche compte bien reprendre la main sur Audi qui règne quasi exclusivement depuis 2000. Ce retour, Dumas l’avait tant espéré. « C’est ma marque de cœur, avoue-t-il. J’ai toujours été à 100 % pro-Porsche. C’est pour cela que je ne les ai jamais quittés pour rester chez Audi ou filer ailleurs ». Pour l’Alésien, ce projet tombe à pic pour la suite de son avenir en endurance. « A 35 ans, j'étais à peu près au milieu de ma carrière en endurance donc c’est bien de faire la deuxième partie avec la marque qui t’a permis de grandir dans cette discipline, d’exploser et de gagner tout ce que j’ai gagné. Même si j’ai gagné Le Mans avec Audi, c’est grâce à Porsche que je suis arrivé là. Le rêve serait de regagner Le Mans avec Porsche. La boucle serait bouclée. »

Palmarès

2015
  • 2e des 6 Heures de Silverstone (Porsche 919 Hybrid)
  • 2e des 6 Heures de Spa (Porsche 919 Hybrid)
2014
  • Vainqueur des 6 Heures de Sao Paulo (Porsche 919 Hybrid)
  • Vainqueur de Pikes Peak (Norma M20 RD Limited)
2013
  • Vainqueur des 24 Heures du Mans en GTE Pro (Porsche 911 RSR)
2012
  • Vainqueur des 6 Heures de Spa (Audi R18 Ultra)
  • 2e des 12 Heures de Sebring (Audi R18 TDI)
  • 2e Pikes Peaks / Vainqueur Open (Porsche GT3R)
  • 2e Rallye du Var (Porsche 996 GT3 RS)
  • 3e Rallye Lyon-Charbonnière (Porsche 997 GT+)
  • Vainqueur Grand Challenge (Rallye/C ircuit)
2011
  • Vainqueur des 24 Heures du Nürburgring (Porsche 911 GT3-RSR)
  • 3e Rallye Lyon-Charbonnières (Porsche 996 GT3)
2010
  • Vainqueur des 24 Heures du Mans (Audi R15 TDI Plus)
  • Vainqueur 24 Heures de Spa (Porsche 997 GT3-RSR)
2009
  • Vainqueur des 24 Heures du Nürburgring (Porsche 911 GT3-RSR)
  • Vainqueur Grand Challenge (Rallye/Circuit)
2008
  • Champion American Le Mans Series (Porsche RS Spyder)
  • Vainqueur des 12 Heures de Sebring (Porsche RS Spyder)
  • Vainqueur des 24 Heures du Nürburgring (Porsche 911 GT3-RSR)
2007
  • Vainqueur des 24 Heures du Nürburgring (Porsche 911 GT3-RSR)
  • Champion LMP2 American Le Mans Series (Porsche RS Spyder)
  • 3e des 24 Heures du Mans (Pescarolo-Judd)
2006
  • 3e championnat LMP2 American Le Mans Series (Porsche RS Spyder)
2005
  • Vice-champion GT2 American Le Mans Series (Porsche 911 GT3-RSR)
2004
  • Vainqueur des 24 Heures de Spa en N-GT (Porsche 911 GT3-RSR)
2003
  • Vainqueur des 24 Heures de Spa (Porsche GT3-RS)
  • Vainqueur Petit Le Mans en GT (Porsche GT3-RS)
2002
  • Vainqueur des 24 Heures de Spa en N-GT (Porsche 911 GT3-RS)
  • Vice-champion Euro F3000
1994
  • Vainqueur du volant Elf ACO

Le Mans
Son monde à lui

Formé à la Filière Elf au Mans, Romain Dumas est comme un poisson dans l’eau sur le circuit de la Sarthe. Les 13 & 14 juin 2015 marqueront sa 15e participation aux 24 Heures. Le pilote gardois nous invite dans son baquet et pour y partager son quotidien manceau. Dumas revient sur toutes ses 24 Heures avec en point d’orgue la victoire en 2010 et sa soirée « inoubliable ». Son bonus track : un tour embarqué dans la Porsche 919 Hybrid et commenté comme si vous y étiez.

Romain Dumas

Ses 14 participations aux 24 Heures du Mans

De 2001 à 2014, Romain Dumas replonge dans ses 24 Heures. Les débuts folkloriques avec Freisinger, la galère chez Nasamax, les odeurs dans la Porsche Imsa Performance. Viennent ensuite les belles années Pescarolo puis le très haut niveau avec Audi et Porsche.

24 Heures du Mans 2010 :
Une victoire au goût amer

On se souvient toujours de sa première fois. La première victoire de Romain Dumas au Mans est elle aussi gravée dans la mémoire du pilote. Pas pour sa course limpide face à des Peugeot trop fragiles mais pour son "after" bien loin du tumulte des stands.

"J'ai eu la chance de gagner une fois avec Audi mais gagner avec Porsche ce serait vraiment incroyable. La première fois, je ne l'ai pas savourée. On avait une telle pression avec Timo (Bernhard) et Mike (Rockenfeller). Dès que j'ai pu quitter le circuit, je suis parti. Le soir, j'ai mangé seul avec ma femme dans un restaurant japonais à la gare du Mans. Je me languissais de partir. Pendant le dernier relais, j'avais préparé mes valises, nettoyé deux fois mes casques. A un moment je me suis glissé sous ma couette pour ne plus entendre le speaker hurler comme un fou. J'étais lavé et rasé. Les dents nickel. Au bout d'un moment, tu ne sais plus quoi faire pour t'occuper. Sur le podium, j'étais tout neuf. Après on a fait des photos et bu un coup devant la tente. Ils sont très "germaniques" chez Audi. Ça a commencé à chanter des chansons très fort. Quand ça fait 24 Heures que tu es dans le bruit, c'est un peu lourd comme ambiance. J'ai un peu traîné dans les stands puis je suis parti. Devant la grille pour sortir du paddock, il y avait une quarantaine de personnes qui voulaient un autographe. Ça ne s'arrêtait plus. J'ai dit à ma femme "oh là, ça va être long". Entre la fête d'un côté et ça, j'ai choisi d'aller manger des sushis à la gare. Finalement, ce n'est que le lendemain que j'ai réalisé. J'ai acheté toute la presse. J'avais dix ou quinze journaux et je voyais mon nom partout. Ma femme a conduit pour redescendre à Alès. Là je me suis vraiment dit que j'avais gagné."

Compte à rebours

"Les 24 Heures du Mans ne durent pas que 24 Heures. C'est la semaine la plus longue et la plus dure de l'année. Ce n'est pas usant physiquement mais moralement. Je n'attends qu'une chose, que la course commence !" Romain Dumas détaille les dernières minutes de sa journée jusqu'au baisser du drapeau bleu-blanc-rouge à 15h00 pétantes.

6h30
Après un vendredi occupé à rencontrer la presse, les partenaires et le public lors de la traditionnelle parade, enfin une vraie nuit. Réveil en douceur mais matinal chez Porsche.
7h15
Toute l'équipe arrive sur le circuit des 24 Heures. On débarque assez tôt dans le paddock car on a peur d'avoir la queue aux abords du circuit. Heureusement, à cette heure là on circule encore…
8h00
Comme dans toutes les équipes, on profite des dernières heures avant la course pour affiner le planning et la stratégie. Ce briefing-là sert surtout à passer en revue notre liste de choses à faire pendant le warm-up.
9h00
Le warm-up est une séance d'essais de 45 minutes. On valide une dernière fois les réglages de la voiture. Cette séance arrive très tôt dans la journée et pour moi elle ne sert pas à grand-chose si ce n'est te lever tôt. Au moins tu sais que tu ne vas plus sortir de ta bulle à partir de ce moment là.
10h00
C'est l'heure de la photo générale avec tous les pilotes au raccordement. Après ça on se dit que ça va bientôt commencer.
11h00
Après un dernier briefing, on file déjeuner dans l'hospitalité du team. Ça commence à monter.
12h00
C'est le début de la mise en grille. Chacun se met un peu dans son coin en attendant les hymnes et le départ façon Le Mans.
15h00
L'attente est terminée. On est tous content quand ça commence car on sait qu'on va être tranquille. Place à la course.
-	La Porsche 919 Hybrid N.18 lors de la journée test au Mans

La Porsche 919 Hybrid N.18 lors de la journée test au Mans

Le tour du circuit avec Romain Dumas

13,629 km en compagnie de Romain Dumas. Tout ce qu’il faut savoir du tracé manceau avec les explications du pilote et le son de la Porsche 919 Hybrid.

Romain Dumas & Le Mans en chiffres

1
Victoire

Romain Dumas a inscrit une seule fois son nom au palmarès de l'épreuve. C'était en 2010 avec une Audi R15 Plus. Les deux "Mr" Le Mans, Jacky Ickx et Tom Kristensen, ont remporté respectivement 6 et 9 victoires.

3
Litres d'eau

Perdus à chaque double ou triple relais par les pilotes. L'objectif est de reboire la même quantité avant de remonter dans l'auto.

3'21"981
Meilleur temps

Le meilleur tour au Mans de Romain Dumas. Il a été réalisé lors des essais qualificatifs en 2010. Le record sur cette piste appartient à la Peugeot 908 HDi FAP de Stéphane Sarrazin en 3'18"513. Il devrait être battu en 2015.

4
Heures de sommeil

Pour Romain Dumas pendant la course. Le pilote dispose d'un "vrai" lit dans un algeco situé au cœur du paddock à moins de 50 mètres de la piste.

4

Comme le nombre de G encaissés dans les virages Porsche, l'un des secteurs où le passage en courbe est le plus rapide

13,629
Km

La longueur d'un tour du circuit des 24 Heures du Mans. Elle n'a pas bougé depuis 2007. Il s'agit de la 14e évolution du tracé depuis 1923. A l'époque, il faisait 17,262 km et s'infiltrait dans la ville du Mans jusqu'à l'épingle de Pontlieue.

14
Participations

Aux 24 Heures du Mans pour Romain Dumas. Le record appartient à Henri Pescarolo avec 33 participations.

16
Victoires

Pour Porsche au Mans, record absolu pour un constructeur. Depuis son arrivée en endurance en 1999, Audi a déjà glâné 13 victoires et se classe au 2e rang.

64,93
MegaJoules

L'énergie allouée sur un tour aux Porsche 919 Hybrid qui évoluent dans la classe 8 MJ.

67,5
Kg

Le poids total du pilote avec l’équipement :
- 61,5 kg pour Romain Dumas
- 1,5 pour le casque
- 1,8 pour le système Hans
- 2,7 pour la combinaison et les sous-vêtements

340
Km/h

La vitesse max des Porsche dans la ligne droite des Hunaudières.

900
Chevaux

C'est la puissance de la Porsche 919 Hybrid quand elle utilise son moteur thermique (4 cylindres essence qui développe 500 cv) et ses batteries électriques (400 cv de puissance).

5 410,713
Km

Le record à la distance établi en 2010 par l'Audi R15 Plus de Dumas – Bernhard – Rockenfeller (225,228 km/h de moyenne).

26500
Changements de vitesse

Sur 24 Heures pour la Porsche 919 Hybrid qui dispose d'une boîte séquentielle à 7 rapports.

Volant Porsche 919 Hybrid

//set your background image Boost dépassement Sélection affichage Volume radio Série de flashes Essuie-glaces Eclairage tableau de bord Réduction contrôle de traction avant Réduction contrôle de traction arrière Balance des freins vers l'arrière Bouton radio Distribution boisson Lave-glace Augmentation contrôle de traction avant Augmentation contrôle de traction arrière Balance des freins vers l'avant Validation Multi Switch Limiteur de vitesse voie des stands Point mort Pré-sélection balance des freins Contrôle de traction piste humide/sèche Multi Switch Multi Switch Sélection stratégie hybride Moteur on/off

Romain Dumas & Porsche
Une histoire d'amour

Nul besoin d'un tatouage ou d'un quelconque contrat de mariage. Entre Romain Dumas et Porsche existe un lien fort, indestructible.

Dans une 962 C comme dans un rêve

Quel enfant n'a pas rêvé un jour de monter dans une voiture de course. Le palpitant à 180 et les yeux comme des loupes au moment où la portière se lève. Des bolides, Romain Dumas en a croisés plusieurs dans le sillage de son père, vendeur de voitures et pilote de courses de côte. Pour lui, les plus belles sont frappées d'un écusson doré avec des bandes rouges et noires. Le cheval noir … Stuttgart … Et Porsche écrit en gros dessus. "Je suis fasciné par Porsche depuis tout petit, raconte Dumas. Mon père faisait des courses de côte chez Almeras (écurie basée à Montpellier, ndlr) qui engageait des Porsche. Mes parents n'avaient pas beaucoup de moyens et pour nous c'était la voiture de rêve."

La 962 C des frères Alméras au départ des 24 Heures 1989

La 962 C des frères Alméras au départ des 24 Heures 1989

Le cockpit de la 962 où Romain Dumas s'est assis

Le cockpit de la 962 où Romain Dumas s'est assis

Dans les années 80, les frères Almeras s'essayent à l'endurance. Produite en masse (plus de 200 châssis construits), la 962 C est la voiture la plus fiable, la plus efficace et aussi l'une des plus esthétiques. Au Mans, c'est l'assurance d'une course sans accroc. Dans les ateliers de Montpellier, les mécanos s'affairent sur la 962 quand un petit garçon de onze ans s'approche. Ici tout le monde le connaît alors en une fraction de seconde, deux gros bras le saisissent et l'installent derrière le volant de la Porsche flanquée du numéro 34.

"L'époque de la 962 était la plus belle. La 917, c'était une voiture de malade, tellement dangereuse. Mais ces deux-là me font vraiment plus "kiffer" que la 911 GT1".

La Porsche 962 Almeras

Au volant d'une 944 Turbo Cup

Le permis en poche et des heures de kart au compteur, Romain Dumas n'a pas encore eu la chance de conduire une Porsche. Quand ce grand moment arrive, il est forcément inoubliable. "J'avais 18 ans. C'était une 944 Turbo Cup. Mon père revendait des voitures et elle était en dépôt-vente, se souvient-il. Je ne sais pas ce qui lui a pris. Il devait être inconscient. Je ne prenais ni les voitures du garage ni les siennes car il savait que je pouvais les casser à tout moment. Je n'avais droit qu'au camion du karting…" A son volant, Dumas lime la route autant qu'il le peut. "J'ai roulé avec pendant au moins 3-4 jours. Je lui ai mis quelque chose à la 944 (rires). Elle était noire. Magnifique ! Si je la retrouve maintenant, je la garde de suite." Ce premier contact avec une auto de Stuttgart est resté gravé dans sa mémoire. Depuis, Dumas quitte rarement le baquet d'une Porsche. Sur circuit avec sa 919, en rallye (WRC ou championnat de France) ou en dehors, c'est devenu quasiment un style de vie. "Elles sont devenues mes voitures de fonction. En ce moment, je roule surtout avec une 996 Carrera 4S."

Une course de Porsche 944 Turbo Cup

Une course de Porsche 944 Turbo Cup

Le Mans dans l'ADN de Porsche

Lors du retour de Porsche en endurance, le communiqué était limpide. "Mission 2014. Our return. Nous revenons sur des lieux auxquels nous sommes restés extrêmement attachés." Pour y avoir couru et gagné tant et tant de fois (16 victoires), le constructeur allemand a forgé son identité sportive au Mans. Il y est comme chez lui. C'est même littéralement le cas avec un enchaînement de virage qui porte son nom et son "Experience Center" qui va ouvrir en juin au bord du circuit. Cette école de pilotage est la 6e dans le monde et la première en France. Ce rapport étroit entre le circuit manceau et Porsche, Dumas l'a ressenti tout de suite. "Lorsque j'ai signé mon contrat en 2001 chez Porsche, je suis allé à Weissach. Quand je suis arrivé, ils ne m'ont pas montré le moteur qu'ils avaient conçu pour la F1 ou l'Indycar. On m'a tout de suite emmené devant une bâche, explique le Gardois. Quand ils l'ont retirée, en dessous, il y avait le prototype conçu en 1999 mais qui n'a jamais couru. Les noms de Wollek et McNish étaient collés sur la carrosserie. Là-bas, j'ai toujours plus entendu parler du Mans que des autres disciplines du sport-auto. Cette course est dans toutes les conversations."

Larry Sanders

Larry Sanders

Larry Sanders

Bob Wollek spirit

Porschiste convaincu, Romain Dumas est un peu le fils spirituel de Bob Wollek. "Dès que je suis arrivé chez Porsche, on m'a dit que j'étais le futur Wollek", confirme Dumas. L'Alsacien était un pilote très influent à Weissach. Il avait tout gagné en endurance... sauf Le Mans. Il a disparu le 16 mars 2001, renversé par un camion la veille des 12 heures de Sebring.

Bob Wollek a terminé quatre fois 2e des 24 Heures du Mans

Bob Wollek a terminé quatre fois 2e des 24 Heures du Mans

"En 2010, Jean-Marc Tesseidre avait fait un article sur moi dans Autohebdo en disant cela. Je ne voulais pas car Bob n'avait jamais gagné Le Mans. Ça a peut-être conjuré le mauvais sort pour moi (il a gagné les 24 Heures juste après, ndlr). C'est quelqu'un qui a eu une emprise incroyable à l'usine. On disait que ce serait le futur patron du motorsport. Malheureusement il est mort avant. Je n'ai pas eu la chance de le connaître." Si Porsche renoue avec son glorieux passé au Mans, il y aura forcément une pensée pour ce grand monsieur de l'endurance.

-	Hommage au passé avec la nouvelle décoration des 919 Hybrid

Hommage au passé avec la nouvelle décoration des 919 Hybrid

Crédits

Journaliste :

Xavier Richard

Réalisation web :

Thibaut Caudrelier

FTVEN :

Erwann Gaucher

Rédacteur en chef :

Rémi Pietton

Photos :

AFP, Porsche, V-Images/Fabre

Images :

Didier Neyrac, Gaël Robic

Montage :

Stephan Malin

Remerciements :

Romain Dumas
Porsche
Automobile Club de l’Ouest
Eric Vermande