Marie-Amélie Le Fur
Marie-Amélie Le Fur, double médaillée d'or lors de ces Jeux Paralympiques | CHRISTOPHE SIMON / AFP

Jeux Paralympiques - La France repart de Rio avec un petit goût d'inachevé

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Avec 28 médailles dont 9 en or, la France termine 11e au classement des médailles de ces Jeux Paralympiques de Rio. Si le nombre de titres est supérieur à celui de Londres (8 médailles d'or), l’objectif fixé de 50 médailles est loin d’avoir été atteint par les Bleus, dont certains estiment qu’il faudrait que les instances investissent beaucoup plus pour pouvoir espérer tutoyer prochainement les sommets olympiques et paralympiques.

Tous l’avaient martelé avant le début de cette quinzième paralympiade de l’histoire : faire mieux qu’à Londres où l’Equipe de France avait glané 45 médailles pour 8 d’or. A l’aune de la fermeture des Jeux de Rio, le bilan (9 titres pour un total de 28 breloques) apparaît plus que mitigé pour la délégation Française qui repartira du Brésil avec peut-être quelques regrets.

Clap de fin amer pour Jeremiasz et Rozoy

Le porte-drapeau Michaël Jeremiasz, qui voulait conclure son histoire avec les Jeux Paralympiques sur une belle note, repart finalement bredouille de Rio, vaincu au troisième tour en simple et en quarts de finale en double. Un clap de fin rempli de déception pour le médaillé d’or en double à Pékin en 2008, qui a néanmoins assuré avoir pris énormément de plaisir en tant que chef de file de la délégation Française à Rio.

Pour lui aussi, c’était le dernier tour de piste. Engagé dans quatre finales dans le bassin olympique, le nageur tricolore Charles Rozoy repart lui aussi sans médaille pour ses derniers Jeux. Le Bourguignon, champion paralympique à Londres sur 100m papillon (S8), n’a pu accrocher le podium sur cette distance, tout comme 100m brasse (5e), 50m nage libre (4e malgré le record de France) et 200m 4 nages (8e). 

Le Fur et Lamirault régalent

Si certains n’ont pas réussi à répondre aux attentes et malgré de nombreuses quatrièmes places, (comme pour le tout jeune nageur Théo Curin, 4e de la finale du 200m nage libre S5), d’autres ont créé la surprise ou fait honneur à leur statut de favori. C’est le cas de Marie-Amélie Le Fur, véritable star française de ces Jeux avec trois médailles dont deux d’or malgré une préparation tronquée par une déchirure musculaire. L’athlète s’est même offert deux records du monde sur 400m et en saut en longueur pour faire de ces Jeux de Rio son apogée. 

Sandrine Martinet avait ouvert la voie dès le premier avec une breloque en or au judo avant d’être imitée entre autres par Damien Seguin en voile, Nantenin Keita sur 400m, la paire Houdet/Peifer en tennis fauteuil ou Fabien Lamirault qui repart avec deux médailles d’or en tennis de table, en simple et par équipes.

"Un choix politique"

Malgré ces exploits, le bilan de la délégation Française reste en demi-teinte. Depuis 1984 et les 185 médailles obtenues aux Jeux de Stoke Mandeville, le nombre de médailles glanées baisse de paralympiade en paralympiade, pour s’arrêter à 28 cette année. Alors comment expliquer cet immense écart entre aujourd'hui et il y a trente ans ?

Certes, le handisport est beaucoup moins confidentiel qu’il y a quelques années. Les Jeux Paralympiques en sont la preuve, s’ouvrant tous les quatre ans à de plus en plus de pays et d’athlètes et donc à plus de concurrence. Mais pour le porte-drapeau Français Michaël Jeremiasz, l’explication ne tient pas qu’à ça. "Si la France veut intégrer un jour le top 5 mondial, il va falloir faire un choix politique, a-t-il expliqué au micro de Stade 2. Nos ministères et nos fédérations ont le choix d’investir plus pour que nos sportifs de haut niveau puissent devenir professionnels afin de se consacrer à plein temps à leur sport."  a-t-il ajouté, faisant la comparaison notamment avec la Grande-Bretagne, deuxième au tableau des médailles et qui, depuis plusieurs années, met les moyens nécessaires à la préparation des athlètes pour des échéances comme les Jeux Paralympiques. " Nous aussi, on a des très grands champions et très grandes championnes. Simplement aujourd’hui, on a besoin de plus de moyens" a-t-il conclu.

L'interview de Michaël Jeremiasz lors de son passage à Stade 2 

Alors que la Grande-Bretagne repart de Rio avec 147 médailles en choisissant de se concentrer sur quelques épreuves pour rapporter un maximum de médailles, la France a pris elle le parti d'offrir aux sportifs handisport un large éventail de disciplines. Une politique confirmée par Ségolène Neuville, la secrétaire d'Etat chargée des personnes handicapées, lors d'un entretien à l'AFP. "En France, on n'a pas la même politique que d'autres pays qui eux sont vraiment axés uniquement sur le recrutement de champions pour récolter des médailles. Ce qu'on souhaite d'abord c'est que tout le monde puisse faire du sport, et n'importe quel type de sport. C'est une politique qui paiera sur la durée, parce que si tous les enfants en situation de handicap se mettent à pouvoir faire le sport de leur choix, on aura des athlètes qui vont émerger." Une stratégie de long terme ayant pour finalité les Jeux de 2024 qui pourraient se dérouler à Paris et où l'Equipe de France espère regagner un top 10 qu'elle a quitté depuis 2008.

Mathieu Aellen