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Rio 2016 : Emilie Andeol, championne olympique de judo, un "bulldozer" émotif

La judokate tricolore Emilie Andeol

La judokate tricolore Emilie Andeol | DPPI - PHILIPPE MILLEREAU

Par notre envoyé spécial

Publié le 13/08/2016 | 06:43, mis à jour le 13/08/2016 | 11:12

Championne olympique (+78kg), Emilie Andeol a dû vaincre son émotivité et croire en ses qualités pour arriver au sommet. Son entraîneur, depuis une dizaine d’années, Christophe Massina, et Lucie Décosse, championne olympique en 2012 et consultante pour Francetv Sport, la racontent.

Un titre qui sort de nulle part

Christophe Massina : "C’est hallucinant ! On s’attend toujours au meilleur, mais dans la délégation féminine présente à Rio, elle n’était pas la favorite pour ramener le titre. Personne n’aurait misé sur elle. Si quelqu’un l'a fait, il a du se faire un paquet de pognon (rires). C’était son rêve, toute la journée, je lui ai dit d’y croire ".

Lucie Décosse : "Je la voyais à l’entraînement, elle avait du potentiel, mais on ne se disait pas qu’elle deviendrait championne olympique. Elle-même n’y pensait pas, elle ambitionnait un podium. Elle en rêvait sûrement mais il y avait la Cubaine Idalys Ortiz (double championne du monde 2013, 2014 et championne olympique à Londres, ndlr), la Chinoise Song Yu (championne du monde 2015, ndlr). Elle n’est pas aussi costaude physiquement que les autres. Christophe (Massina, ndlr) devait quand même y croire une peu puisque avant la finale, il a parié une paire de Louboutins en cas de titre. S’il n’y croyait pas, il aurait parié une Ferrari ou Bugati Veyron (rires)".


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Une progression par étapes

Christophe Massina : "On travaille ensemble depuis une dizaine d’années. Elle s’est rendu compte au fil du temps que c’était envisageable. Son premier objectif était de terminer cinquième des championnats de France. Vous imaginez? C’était la première étape. Ça a été une suite de déclics. Le plus gros ? Sans doute, sa deuxième place aux championnats d’Europe en 2013. Elle était lancée. Elle a moins tergiversé ensuite. Elle s’est dit qu’elle pouvait gagner les championnats d’Europe. Puis, une fois qu’elle les avait gagnés (2014), elle a terminé troisième aux Mondiaux. Ensuite, elle s’est dit qu’elle pouvait aussi gagner les Mondiaux. Mais de là à être championne olympique. Elle a beaucoup d’abnégation. Elle rend 40 kilos à ses adversaires. Moi, je ne peux pas sentir ce que ça fait de se prendre 140 kg sur la gueule, mais notre relation m’a permis de mieux comprendre ce qu’elle vit dans un combat".

Lucie Decosse : "Elle a vraiment progressé au fur et à mesure. Ce n’est pas comme l’Italien Fabio Basile (-66kg) qui est jeune, sans expérience et qui fait le tournoi de sa vie aux Jeux. Emilie, c’est une fille qui s’entraîne depuis des années, dans une catégorie ardue pour les Françaises. C’est difficile d’y remporter une médaille. Le travail a payé, ce n’est pas toujours le cas. A chaque titre, on notait sa progression. Après les championnats d’Europe. Puis après sa première médaille mondiale. Mais là championne olympique, ce n’est plus progresser, c’est encore au-dessus. Après son titre européen (2014), je lui avais dit que c'était pas mal, mais qu’elle pourrait ‘se la péter’ après une médaille mondiale et un titre olympique. Désormais elle peut (sourire)."

 
 

Une journée qui aurait pu se terminer très vite

Christophe Massina : "Elle est passée proche de la correctionnelle au premier combat (contre la Mexicaine Vanessa Zambotti, ndlr). Lukas Krpalek, il est champion olympique (-100 kg), mais à 20 secondes de la fin de son premier combat, il perdait. Donc, après cet avertissement, j'ai dit à Emilie de tout donner. Elle est sortie en pleurant de ce premier combat. Je lui ai mis une soufflante. Elle était en stress. Pourquoi ? La peur de mal faire, la peur de gagner parce que ce premier combat n’est pas très compliqué. Je lui ai dit d’arrêter de faire sa chialeuse (sic) et qu’il fallait qu’elle se batte. Elle avait besoin de se libérer. Son quart de finale était compliqué, elle affrontait une Tunisienne (Nihel Cheikh Rouhou, ndlr) qui l’avait toujours battue. Pas qu’un peu en plus. Elle avait pris deux wazari, elle s’était faite démonter. Là, elle sort un gros match tactique. Et une fois en demi-finale, c’étaient ses adversaires les championnes. Elle avait tout à gagner ".

 
 

Un titre si bénéfique

Christophe Massina : "J’espère qu’un jour elle va réussir à se libérer. Elle est très émotive, il y a beaucoup de choses très enfouies en elle. On a beaucoup travaillé sur son manque de confiance. Il faut qu’elle prenne conscience de ses possibilités. Même dans sa vie de femme. Il faut qu’elle comprenne que tout est possible. Elle est sur le tapis comme dans la vie, une émotive qui est devenue championne olympique. En chambre d’appel avant le combat, ses adversaires la voient pleurer et une fois sur le tapis, ils ne comprennent pas ce qui arrive. Un bulldozer est passé. Elle se métamorphose en guerrière."

 

 
Les larmes d'Emilie Andeol après son titre olympique (AFP - TOSHIFUMI KITAMURA)
 

Une belle fin de Jeux

Christophe Massina : "On a eu une semaine très compliquée. On avait de gros objectifs avec cette équipe de France, mais on passe à côté au début. On a réussi à maintenir l’ambiance et l’envie et c’est bien que ça se termine sur ce titre. On a tout fait pour qu’Emilie ne soit pas affectée par ce début de compétition compliqué. Ce n’était pas la magie des Jeux, mais la magie noire des Jeux. On a eu des coups durs avec l’élimination de Gévrise (Emane, ndlr). On a eu la magnifique médaille de Clarisse (Agbegnenou, ndlr) et celle d’Audrey (Tcheuméo, ndlr) au bout de la souffrance. Puis on finit en apothéose avec Emilie. La France est la meilleure nation chez les femmes, c’est impensable".

 
 

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