Brice Leverdez
Brice Leverdez | AFP

Badminton : Brice Leverdez, le "Danois" de Créteil

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Parti au Danemark, après une brouille avec ses dirigeants mais aussi pour se perfectionner, le numéro un du "bad" français ne veut pas que participer à Rio. Au Riocentro, Brice Leverdez a bien l'intention de bousculer la hiérarchie. Tout commence sur le cours en douceur, contre l'Estonien Raul Must... avant des retrouvailles musclées contre son éternel adversaire, le Danois Jan Jorgensen.

A un an et demi de ces JO de Rio, Brice Leverdez est exclu par sa Fédération des Jeux Européens pour mauvaise attitude. Du rififi autour du numéro un français, alors numéro 28 sur le plan mondial en février 2015. "C'est son comportement global qui pose problème", grogne alors le DTN Philippe Limouzin. Un long bras de fer est engagé avec la Fédération française de badminton. Leverdez refuse de serrer la main au président Richard Remaud. Et, pour boucler cette crise inédite dans un sport rarement médiatisé, le leader du volant tricolore signe une licence au club danois de Greve ! Officiellement, Leverdez a la volonté de se qualifier pour les Jeux comme tête de série. Un exil scandinave s'impose à lui.

Mais, en coulisses, Brice supporte mal la cohabitation à l'INSEP avec l'entraîneur... danois, nommé par la Fédé, Peter Gade. "Il a des mots qui ne passent pas vis-à-vis d'un joueur de mon expérience", peste Leverdez. D'où le chemin inverse vers Copenhague. Six mois plus tard, il participer à l'Open de France sans l'étiquette "France" à Coubertin. Et puis, c'est l'apaisement. "Je reproche à la Fédération d'avoir terni mon image. Mais je ne veux pas rester dans le conflit."

La paix des braves

En février dernier à Rouen, il remet son titre de champion de France en jeu. Brice reste sur huit succès consécutifs aux Nationaux. Il échoue en demi-finales contre Lucas Corvée. Simple accident de parcours. Quelques jours plus tard à Kazan (Russie), signe de détente évident, il réintègre l'équipe de France. Et, pour la première fois de son histoire, les Bleus accèdent aux demi-finales du Championnat d'Europe par équipes. La réconciliation est scellée, notamment avec le coach Peter Gade.

Les Français réussissent l'exploit d'atteindre la finale, en éliminant  l'Angleterre pour la première fois au palmarès. Brice Leverdez bat notamment Rajiv Ouseph. "Au troisième set, j'ai fonctionné sur un troisième poumon !", clame-t-il, ravi de son exploit. Pour l'apothéose, le Danemark est trop costaud, mais le leader du badminton français domine tout de même le numéro 3 mondial, Jan Jorgensen. "Je viens de battre ces derniers mois l'Allemand Zwiebler, l'Anglais Ouseph et maintenant Jorgensen, trois des quatre meilleurs européens !" Un joli tableau de chasse, mais surtout un sésame décroché pour Rio de Janeiro. Jamais un tricolore non naturalisé n'avait réussi une telle série face au Top 10 mondial.

"Je me sens irrésistible !"

Deux mois plus tard en Vendée, aux Championnats d'Europe, les performances d'ensemble de Brice Leverdez demeurent remarquables. Après un succès probant contre l'Israélien Misha Zilberman, le Cristolien le reconnaît : "Quand je tiens mon filet comme ça, je me sens irrésistible". Cette fois, Jan Jorgensen ne se laisse pas surprendre, mais Brice Leverdez ne s'en formalise pas : "J'avais sans doute plus de pression que lui. Des médailles européennes, il en a déjà eu, pas moi !" Les deux artistes du "bad" se retrouveront dès dimanche, dans le groupe G du Simple messieurs, au tour préliminaire du tournoi carioca (20h30).

Grand amateur de belles sapes, Brice a récemment lancé sa propre Société Leveredez, spécialisée dans la création de chemises haut de gamme. "Je repars dans cette aventure comme si je débutais en Poussins, mais avec mon expérience de champion quand même. Dans le monde de l'entreprise, comme dans le sport, il faut travailler dur, être débrouillard, un peu intelligent et créer un réseau." Sa quinzaine au Brésil lui permettra peut-être de trouver de nouveaux marchés.

Nicolas Gettliffe