Borussia Dortmund, bus, Ligue des champions
Le bus du Borussia Dortmund après les interpellations | AFP - PATRIK STOLLARZ

L'auteur présumé de l'attaque de Dortmund voulait s'enrichir

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La police allemande a arrêté vendredi l'auteur présumé de l'attaque à l'explosif contre le bus de l'équipe de foot de Dortmund, a indiqué le parquet, ajoutant que son mobile était financier et non "terroriste". "Le parquet fédéral a fait arrêter aujourd'hui, le 21 avril 2017, un ressortissant germano-russe de 28 ans, Sergej W. par les agents du GSG9", une unité d'élite, explique le communiqué du parquet, ajoutant que le suspect, qui spéculait sur une baisse du prix de l'action du club de Dortmund, voulait s'enrichir en attaquant l'équipe.

Selon cette même source, il avait acquis le jour de l'attaque de Dortmund, mardi 11 avril, l'équivalent de 15.000 options du club en pariant sur leur baisse. La transaction, financée par un "crédit à la consommation", avait été effectuée depuis un hôtel de cette ville, "L'Arrivée", où logeait précisément l'équipe allemande.
Selon l'édition en ligne du quotidien allemand Bild, il aurait pu engranger jusqu'à 3,9 millions d'euros de bénéfices. Le cours de l'action du Borussia Dortmund avait clôturé à 5,62 euros mardi 11 à la Bourse de Francfort, avant l'attentat contre le bus de l'équipe. Le titre avait souffert le lendemain et clôturé à 5,43 euros, soit une baisse de plus de 3%. Après s'être un peu repris les séances suivantes, il a fini à 5,40 euros jeudi 20 avril. L'explosion était survenue le 11 avril juste avant un match important de Ligue des Champions entre le Borussia et l'AS Monaco: le bus de l'équipe allemande avait été touché par trois puissantes explosions qui avaient soufflé une vitre à l'arrière du véhicule.

Les explosifs, manifestement dissimulés dans une haie et actionnés au passage du bus, contenaient des tiges métalliques projetées par la déflagration. L'une d'entre elle s'était même fichée dans le repose-tête d'un siège du bus et une autre avait été retrouvée "à 250 mètres" des lieux de l'explosion, selon le parquet.
Le joueur espagnol Marc Bartra avait été blessé et opéré dans la nuit d'une fracture du poignet. Un policier, qui escortait le bus en moto, avait également été blessé, souffrant d'un traumatisme sonore. L'attaque avait profondément choqué l'équipe de Dortmund et le monde du football. Le match avait dû être reporté au lendemain. Selon le parquet, qui doit tenir un point presse vendredi à 10H30 GMT, l'homme avait loué depuis "mi-mars" une chambre dans cet hôtel où il s'était installé deux jours avant les faits, manifestement pour mieux observer les allées et venues des joueurs. Les autorités allemandes, qui penchaient pour un attentat, avaient ouvert une enquête pour "tentative d'homicide", sans utiliser officiellement la qualification "terroriste", jugeant qu'il était trop tôt pour tirer des conclusions. Mais la police s'était tout de même orientée vers la piste islamiste après la découverte sur les lieux de l'attaque d'une lettre en trois exemplaires rédigée "au nom d'Allah" et appelant l'Allemagne à cesser de participer avec ses avions Tornado à la coalition internationale antijihadiste en Syrie.

L'authenticité de cette missive avait toutefois été mise sérieusement en doute par les enquêteurs, qui avaient également analysé deux autres lettres de revendication, l'une émanant de l'extrême droite et l'autre de l'extrême gauche, sans que ces deux pistes ne se confirment. L'implication d'un Irakien de 26 ans, présenté un temps comme le principal suspect, n'avait pas non plus été confirmée. L'homme avait été placé en détention provisoire deux jours après l'attaque mais pour "appartenance au groupe Etat islamique" (EI) en Irak en 2014-2015 et pour ses contacts avec cette organisation depuis l'Allemagne. Une centaine d'enquêteurs avaient été mobilisés sur l'enquête, explorant toutes les pistes. L'incident avait conduit à des mesures de sécurité renforcées aux abords du stade de Dortmund et relancé le débat sur la sécurité autour des stades: le responsable de la fédération des opérateurs de stades, Joachim Thomas, avait ainsi appelé à l'installation de portiques de sécurité devant les arènes sportives.

AFP