Ribéry
Franck Ribéry, aux pieds des Ukrainiens. | (AFP)

Les Bleus veulent éviter le trou noir

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S'ils n'inversent pas la tendance contre l'Ukraine mardi soir, les Bleus iront vagabonder dans un néant sportif d'au moins deux ans. Sans parler des conséquences économiques et institutionnelles. Projection pessimiste.

On ne voit pas bien qui pourrait se satisfaire de l'élimination des Bleus. Le désamour des Français pour leur sélection nationale est une réalité, mais une non qualification piétinerait ce qui leur reste de sentiment patriotique. A l'étranger, Yaya Touré, Moutinho, Ozil et d'autres joueurs de renom ont apporté leur soutien aux joueurs de Didier Deschamps, et ont chacun manifesté le souhait de les voir se dorer la pilule au Brésil. Car eux le savent bien : une coupe du monde sans la France, sans tomber dans un chauvinisme excessif, serait incomplète. Comme l'était celle sans la Hollande en 2002, et l'Euro 2008 sans l'Angleterre.

D'une qualification, nous en sommes encore loin. Alors, mieux vaut avoir conscience de ce qui nous attend si la France ne remet pas l'église au milieu du village ce mardi soir. 

Plus de match officiel avant...

Voilà une donnée qui ne tient en aucun cas de la fiction : si les Bleus échouent demain soir, ils n'auront plus aucun match officiel à se mettre sous la dent avant... l'Euro 2016. Qualifiée d'office pour la Coupe d'Europe puisque pays organisateur, la France n'aura donc pas à disputer les matches éliminatoires. Deux ans sans rencontres à enjeu, ça fait long. Mais voyons le bon côté des choses : la flopée de matches d'exhibition et de tournées étrangères qui s'annonce donnera la possibilité au sélectionneur de l'équipe de France de tester pléthore de joueurs et de schémas tactiques. Maigre consolation. 

L'organigramme probablement chamboulé

A l'occasion de la dernière conférence de presse précédant la double confrontation face aux Ukrainiens, Didier Deschamps s'était indigné lorsque la question suivante lui fût posée: "si la France ne va pas au Mondial, donneriez-vous votre démission" ?. L'ancien entraîneur marseillais avait rétorqué qu'il n'était pas le moment d'aborder le sujet, et qu'il était temps de soutenir les Bleus. Mais après la défaite du match aller, le thème de l'avenir du sélectionneur est immédiatement revenu sur la table. La Fédé se lancera-t-elle dans une grande entreprise de reconstruction en se débarrassant de tous ceux qui ont contribué à cet échec cuisant, ou souhaitera-t-elle conserver le champion du monde 98 ? Qu'il soit évincé ou qu'il claque la porte de son plein gré, on ne se fait pas de souci pour lui. Fort de son réseau et de son palmarès, la "Dèche" jouit d'une toujours énorme côte à l'étranger. 

Mais Deschamps ne serait pas désigné seul responsable du camouflet tricolore. Le président de la FFF, Noël Le Graet, devrait lui aussi prendre de plein fouet une vague contestataire de grande ampleur. N'oublions pas que c'est bien l'ancien dirigeant de l'En Avant Guingamp qui a pris la décision d'inciter fortement Laurent Blanc à se retirer du jeu en 2012 pour introniser DD. Déjà fragilisé après la sortie du reportage "Enquête sur le Foot Business", au cour duquel il a été tourné en ridicule, une non qualification pour le Mondial 2014 donnera d'autant plus de grain à moudre à ses détracteurs, Frédéric Thiriez le premier. Le président de la LFP n'a pas apprécié ses prises de position sur la taxe à 75% ou ses initiatives dans le conflit qui les opposait au sujet de l'AS Monaco (Thiriez souhaitait délocaliser le siège social asémiste). 

Après la défaite des Bleus vendredi soir, Le Graet a eu des mots durs envers les joueurs. Lui-même pourrait bien en entendre prochainement. 

Coup de balai attendu chez les joueurs 

Les honnis seront-ils bannis ? Il a souvent été reproché à Didier Deschamps d'avoir rappelé les fauteurs de trouble de 2010, à savoir (entre autres) Patrice Evra. Que DD soit encore à la tête des Bleus ou pas, le sélectionneur tricolore devra se triturer les méninges dans tous les sens pour décider de leur sort. Devrait-on se passer de joueurs en pleine bourre dans les plus grands clubs européens sous prétexte qu'ils ne semblent pas assez impliqués ? Doit-on sélectionner des joueurs français de second plan en lieu et place de ces stars capricieuses et détestées ? Quelles qu'elles soient, les décisions seront contestées.  

Les conséquences économiques : un manque à gagner considérable 

Lorsque l'on est sponsor de l'équipe de France, on se dit généralement que l'on prend pas de très gros risques financiers. A part l'épisode de 1994, les Bleus ont toujours été présents dans les plus grands événements internationaux, et les annonceurs s'y sont toujours retrouvés. Mais une élimination des Bleus ce mardi soir aura clairement un impact sur les sommes versées par les sponsors. Chaque année, ils rémunèrent la FFF à hauteur de 18,5 millions d'euros. On apprend également dans l'un de nos reportages diffusé sur France 2, qu'une disqualification entraînerait un manque à gagner de 2,5 millions d'euros. Privés de Coupe du monde, les Bleus seront aussi moins séduisants. Les marques et les entreprises auront moins envie d'associer leur nom à une équipe qui ne gagne pas. Les prix seront revus à la baisse, prédisent les professionnels du secteur. Enfin la FFF redoute aussi une diminution du nombre des licenciés. Elle avait constaté une baisse de 5,56% après l'épisode sud-africain. 

Une élimination instrumentalisée ? 

Lundi matin, sur LCI, Marine Le Pen a tenté d'expliquer les "résultats épouvantables" de l'équipe de France en évoquant "un ultra libéralisme appliqué au football" : "on a libéralisé les quotas de joueurs étrangers. Il y a une vraie rupture avec le peuple français. Une équipe ne peut être poussée uniquement par l'appât du gain ou par l'égo des individualités, il faut qu'elle soit portée par tout un peuple. Si elle ne l’est pas, c’est de la faute de l’équipe de France». La présidente du FN a également évoqué des joueurs "mal élevés, qui ne suscitaient pas la fierté nationale, qui d'ailleurs se moquaient manifestement du fait de représenter la France". L'élimination de l'équipe de France, nouvel argument de campagne des politiques ? 

Jean Charbon