Caster Semenya
Caster Semenya | AFP

Mondiaux 2017 : Caster Semenya, la championne qui a dû montrer qu’elle était une femme

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On l’a découverte à l’âge de 18 ans où, tout juste championne du monde du 800m, l’on cherchait à savoir si elle était une vraie femme. On l’a revue au sommet l’an passé, à Rio, où la jeune fille perdue a laissé place à une championne décomplexée, assumant totalement sa musculature et son hyperandrogénie. A Londres, la Sud-Africaine, 3e du 1500m, compte bien faire régner sa loi sur le double tour de piste.

Qu’il paraît loin, ce temps où Caster Semenya était cette enfant observée telle une bête de foire, où la presse, ses adversaires et la fédération d’athlétisme se demandaient si elle était une vraie femme. Ce temps de doutes, d’examens médicaux et tempête médiatique, remonte à huit années désormais. Huit années d’un long chemin aux routes pas souvent faciles à prendre. Il faut le dire, la demi-fondeuse sud-africaine en a bavé. Raillée, critiquée pour son physique, elle l’a toujours été, depuis sa tendre enfance ou elle a rapidement dénoté de ses camarades d’école. Mais rarement une performance n’avait été aussi décriée.

Avec ce titre mondial obtenu à 18 ans, avec une avance et un temps déconcertants (1’55’’45), Caster Semenya fait son entrée dans la cour des grands et sous le feu de projecteurs qui n’ont pas été tendres avec elle et son apparence masculine.

La gloire, la tornade médiatique, le déclin

Onze mois. C’est le temps qu’il a fallu aux experts de l’IAAF, pour autoriser finalement la jeune femme à recourir dans les pelotons féminins, à la condition qu’elle prenne un traitement hormonal pour faire baisser son taux de testostérone, naturellement trois fois plus élevé que la normale. Ce traitement médical la fait chuter dans les classements mondiaux, régresser au niveau du chrono. On croit avoir perdu la Caster Semenya qui encore enfant, régnait sur le 800m mondial.

L’intéressée pointe une blessure au genou, comme raison principale de son déclin. Malgré deux médailles d’argent, aux Mondiaux de Daegu et aux Jeux de Londres (transformée en or suite au déclassement sur dopage de Savinova), la Sud-africaine, qui s’est sentie humiliée toutes ces années, porte encore les marques psychologiques des doutes à son encontre. Elle songe à arrêter.

Nouvelle vie à Potchefstroom

C’est fin 2014 qu’intervient le déclic. La jeune femme se sépare de son entraîneur, celle qui était son idole, l’icône Maria Mutola. Finie la vie à Pretoria, place au centre d’entraînement de Potchefstroom, sous les ordres de Jean Verster. Elle reprend ses études aussi, elle qui souhaite créer une fondation, pour aider les enfants issus de milieux défavorisés à bénéficier d’équipements sportifs au niveau, elle qui a débuté l’athlétisme sans pouvoir courir sur une piste.

Après plusieurs mois de travail intense, Caster Semenya retrouve les hautes sphères de l’athlétisme. A Rio, elle remporte son deuxième titre olympique, record personnel à la clef (1’55’’28). Personne n’avait couru aussi vite depuis Pamela Jelimo en 2008 (1’54’’01). Aujourd’hui, l’enfant qui était sous le feu des projecteurs s’est transformée en femme apaisée, mariée (depuis l’hiver dernier), prête à briller à Londres. Sur 1500, après une incroyable ligne droite, la jeune championne est parvenue à arracher la médaille de bronze. Elle visera un autre métal sur 800...